HOLA, SOLEDAD

Cinq poèmes traduits de l'espagnol (Colombie)

tirés du recueil Hola, soledad (Oveja Negra, Bogotá, 1987)

de l'écrivaine María Mercedes Carranza 

 

poèmes traduits + mot du traducteur

 

journal Le Courrier (Suisse), édition du 19 mai 2020

Extrait de « DESCRIPTION DE L'ENNEMI»

L’ennemi c’est l’air qui entre dans ta bouche,

le rêve que tu rêves seule,

les mots que tu dis et ceux que tu ne dis pas,

les regards qui partent de tes yeux,

tes pensées en je ne sais quoi,

les mains avec lesquelles tu touches

ou au moins l’idée du désir,

les pieds qui te mènent sans cap vers le désastre,

ce sont l’ennemi en veille, l’insomnie impavide

qui t’envahit par tous les pores

et tel un tumulte de fourmis rouges

t’inonde du sang de tes veines

et te laisse, maintenant pour rien, continuer à vivre.

Extrait de « MOT DE TRADUCTEUR»

Son troisième recueil paraît en 1987, Hola, soledad: un paysage de

théâtre désolé, les fenêtres donnent sur le décor, les pièces sont à

l’abandon, le vent passe et murmure. Ici devient là-bas, le passé

froisse le présent, le futur a depuis longtemps déserté la place. On

retrouve la parole si singulière de María Mercedes Carranza, ce

langage et ces objets quotidiens, cette manière de parler de soi en

évoquant l’histoire ou inversement, ce ton parfois cynique, toujours

lucide.

Pépins de pomme

© 2020 BADesign